Histoires de famille

André, le frère d’Anne-Marie (le 2e de la fratrie, Anne-Marie étant la petite dernière, née le 15 avril 1942, 3e par ordre) a bien voulu partager l’histoire de sa famille et celle de la jeunesse d’Anne-Marie, résumée dans l’hommage que j’ai rendu à la cathédrale Sainte-Cécile par « née dans une famille pieuse de Nancy ». Il a lu les premiers documents produits pour ce blog (l’éditorial, la messe d’À-Dieu, le témoignage du collègue Maurice) et dit avoir beaucoup appris à son sujet : très proche d’Anne-Marie dans l’enfance, leurs voies ont divergé, notamment géographiquement, avec une prise de distance à l’entrée dans la vie active.

  • L’enfance d’Anne-Marie

Anne-Marie a fait des études, primaire et secondaire, dans les années 1945 – 1960 , comme ses deux frères, dans des établissements « libres », non mixtes (on était avant 1968), d’abord au  « Cours Marguerite de Lorraine », puis au lycée « Cours Devallée ».

Le cours Marguerite de Lorraine était dirigé par deux vieilles demoiselles qui étaient probablement, comme c’était aussi le cas pour un certain nombre d’enseignants des écoles libres, deux anciennes religieuses qui avaient décidé de retourner à la vie civile suite à la dissolution de leur congrégation enseignante au début des année 1900.

Anne-Marie a ensuite entamé des études à la faculté de Lettres, notamment parce qu’elle était très bonne en latin, avant de changer d’orientation en s’inscrivant à l’école d’éducatrices spécialisées de Nancy, ce qui a décidé ensuite de sa carrière professionnelle.

Durant toute cette période scolaire, Anne-Marie, suivant l’exemple de sa mère Céleste, s’est montrée active dans sa paroisse Saint-Léon IX. Notamment, elle a participé à la chorale (il fallait dire, à l’époque, « la Scola » !). Puis, elle est devenue, à l’instar d’André qui l’a inspiré, monitrice de colonies de vacances pour la paroisse, dans les Vosges, souvenirs très précis présents dans sa mémoire dont je peux témoigner.

  • La famille paternelle, les Hald

André précise que les deux familles avaient, à l’origine,  un statut social comparable : M. Hald d’une part (son père), Mme Righetti d’autre part (sa mère), avaient des parents artisans-commerçants, coiffeur du côté paternel, vitrerie – encadrement du côté maternel.

Il note que la famille, aimante et respectueuse du père et de son parcours, a été beaucoup plus influencée par l’extraordinaire saga maternelle suisse de la mère.

Son père (né » en 1899) a eu un parcours méritoire : partant d’un diplôme un peu inférieur au Baccalauréat (que peu de personnes atteignaient avant la guerre de 1914), il fit carrière à la mairie de Nancy et y finit directeur, dans l’administration, de deux des cinq divisons qu’elle comportait. À la fin de la Guerre de 40-45, il fut temporairement secrétaire général, à la tête donc de toute l’administration communale, pas forcément à l’aise avec la prise de décisions administratives polluées par des positions politiques des élus. iI choisit de se tourner vers un positionnement strictement administratif.

En remontant à la génération précédente, le grand-père paternel est décédé en 1940 et n’a donc pas été connu personnellement par la fratrie d’Anne-Marie et d’André. Restait donc la grand-mère, qui ne semblait pas bien connaître sa généalogie, ignorait les liens de sa famille avec les deux familles Hald repérées en généalogie sur Nancy (sauf à les supposer ténues car non connues). Deux sœurs de la grand-mère Hald d’Anne-Marie passaient parfois au domicile des parents ; mais décédées avant 1960, elles ont peu marqué leur neveu et nièce.

  • La famille maternelle, les Righetti

Le côté maternel a été beaucoup plus influent dans la saga familiale, ne serait-ce que parce-que la famille habitait, rue Jeanne d’Arc à Nancy, dans la maison propriété des parents côté maternel. 

La maison comportait, sur trois niveaux :

en rez-de-chaussée, un magasin de vitrerie – encadrement fondé par le grand-père maternel d’Anne-Marie en 1898, décédé en 1907, tenu ensuite par la grand-mère (décédée en 1944) puis par leurs deux filles (les tantes) jusque vers 1970 ;

– un étage pour les tantes ;

– un étage pour les parents d’André et Anne-Marie.

Mais, bien sûr, les enfants disposaient de toute la maison et se sentaient chez eux à tous les étages, n’hésitant pas à se faire consoler de leurs petites contrariétés auprès des tantes compatissantes. A ce jeu, l’aîné de la fratrie, Robert, non nommé jusqu’ici, excellait…

Les grands-parents, côté maternel, étaient de Château-Salins, à 30 km de Nancy. Cette ville  fut annexée à l’Empire allemand de 1871 à 1918 sous le nom de Salzburg. Redevenue française, elle est mosellane et non plus commune de la Meurthe. Annexée une seconde fois pendant la 2eGrande guerre, elle est libérée en 1944.

Les relations avec cette branche familiale ont été très développées après la guerre et 1945. Céleste, la mère d’Anne-Marie, y avait hérité d’un verger avec mirabelliers et noyers, où faire de joyeuses récoltes. Terrain vendu en 1967, et donc fin des rituels y associés.

La famille s’y est éteinte presque complétement vers 1950. Le dernier cousin d’Anne-Marie, Michel, excellent pâtissier professionnel, vient de s’éteindre à l’Ehpad de Château-Salins. Nous le visitions une fois par an dans une grande tournée de nos familles dans l’Est et la Picardie que nous accomplissions religieusement l’été ou l’automne, au gré des opportunités liées à nos cures ou à nos humeurs baladeuses.

  • Château-Salins et l’épisode allemand

André, féru de généalogie, a découvert récemment que sa grand-mère maternelle, Christine Cuny, était en fait de nationalité allemande, mariée à un suisse originaire de Cama dans les Grisons (voir la partie suivante sur Cama), Achille Righetti.

Bien que purement francophone, Château-Salins a été annexée par l’Empire allemand suite à la défaite de 1870. Les grands-parents d’Anne-Marie étaient donc à l’époque deux étrangers, un suisse et une allemande, devenue suisse par mariage. Leurs enfants, Céleste et ses sœurs étaient donc de nationalité suisse. Elles n’ont obtenu la nationalité française qu’après la victoire de 1918. Donc double nationalité, suisse et française !

Par la suite, Céleste a perdu sa nationalité suisse suite à son mariage avec un français. Célibataires, les deux sœurs de Céleste, les « tantes », ont, elles, conservé cette double nationalité. Gros avantage pendant la 2e Grande guerre : elles ont reçu des colis d’aide de la Caritas suisse !

Les relations avec Château-Salins étaient assez faciles jusque 1914 : sauf tension particulière, la frontière se passait aisément. La famille de Château-Salins passait souvent à Nancy. Les trois filles Righetti allaient passer les vacances à Château-Salins ou chez l’oncle curé là où il exerçait (voir plus loin).

  • Cama en Suisse, le berceau de la famille Righetti, refuge idéalisé en cas de problème en France

En 1914, Nancy, ville proche du front a été régulièrement bombardée par l’aviation et par des tirs d’artillerie à longue portée. Château-Salins, en Allemagne, ne pouvait servir de refuge. La mère et es trois filles se tournèrent donc vers Cama, en Suisse, dans le village dont était originaire Achille, décédé en 1907. Elles y vécurent de 1916 à 1919, y nouant de solides amitiés avec les jeunes de leur âge, amitiés qui ont perduré tout au long du XXe siècle ensuite.

Après 1945, lorsque cela redevint possible, la famille Hald-Righetti pris l’habitude de passer les vacances d’été au pays du grand-père maternel, en Suisse italienne (en fait dans les Grisons, à la limite du Tessin) en bénéficiant de la « maison » familiale, murs épais et toit de lauzes. A l’époque, la maison c’était, pour André, plutôt un « camping en dur », dans l’état laissé par les arrière grands parents décédés en 1908 : deux pièces (cuisine, chambre et débarras), sans eau courante (il fallait aller la chercher à la fontaine du village), ni électricité (après plusieurs années, un fil a été tiré chez le voisin alimentant une ampoule unique qu’on allumait ou éteignait en la vissant ou la dévissant). Comme chauffage, un petit poêle à bois permettait de faire la cuisine et de réchauffer (un peu) la maison. 

Par contre, ce qui a marqué aussi bien André qu’Anne-Marie, c’est la tradition de ces vacances, avec le rituel de la visite systématique de tous les parents lors de l’arrivée de France sur place et, dans la foulée, de la visite systématique de tous ces parents pour leur dire au-revoir jusqu’à la prochaine année. En fait, il s’agissait plutôt des parents qu’avait connu Céleste dans sa jeunesse, presque de parfaits étrangers pour André et Anne-Marie, même si, à force, de vraies relations se sont nouées.

  • A propos de l’émigration suisse au début du siècle précédent

Cama et la vallée de la Moesa ont un mode de vie tessinois, mais ils appartiennent au canton des Grisons, ce qui impacte fortement la mentalité des habitants. Pour André, il faut se souvenir que les Grisons étaient un état indépendant jusqu’à la constitution proclamée par Napoléon, contrairement au Tessin où les habitants étaient des « sujets » des trois cantons germaniques originaux de la Suisse. Ce qui induit, pour lui, une mentalité d’hommes libres pour les citoyens des grisons. Même forcés d’émigrer à cause des ressources agricoles limitées du pays compte tenu de sa géographie montagneuse, ces habitants du district de la Moesa, restaient entrepreneurs et socialement intelligents, occupant souvent des emplois d’artisans, s’installant à leur compte et faisant prospérer leur activité. Ce fut le cas de la famille Righetti, peintres et vitriers.

  • Une famille pieuse de Nancy

Revenons à Château-Salins. La grand-mère d’Anne-Marie, Christine, avait cinq frères et sœurs que Céleste, la mère d’Anne-Marie, a fréquenté assidument pendant ses vacances, avant 1914, y subissant une imprégnation durable dans le sens de la piété.

Le frère aîné de Christine était prêtre, curé de plusieurs villages de Moselle.

Un autre frère a eu un fils et deux filles, toutes deux devenues religieuses de la Doctrine chrétienne à Nancy.

Une sœur, restée célibataire, s’est entièrement consacrée au service de son frère curé. 

Enfin, une sœur a eu deux filles mortes en bas âge.

Donc, de cette fratrie de six frères et sœurs ne subsiste aujourd’hui, en ligne directe, qu’André.

Patrick, sur la base des indications d’André, frère d’Anne-Marie[1]


[1] André a publié les arbres généalogiques quasi complets des quatre branches des grands-parents paternels (Hald et Bernard) et maternels (Righetti et Cuny) sur genanet.org (site d’accès gratuit).

27 juin 1931, Charles HALD et Céleste Righetti, parents d’Anne-Marie.